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Kiuston Hallé : de la photographie comme un doux acte de résistance…

 

La danseuse façonnée chez Merce Cunningham ou Carolyn Carlson dans l’ambiance corporelle New yorkaise des années 1980, a fait de Kiuston Hallé une observatrice aigue de la métonymie des corps féminins. A l’époque, la légende Mapplethorpe mêlée aux beautés glacées aux noirs et blancs contrastés des studios Harcourts souffle agréablement sur ses photographies de nus, lesquelles distillent une intentionnelle émotion physique. Mais c’est à Paris, en 1987, que « Madame nue » plonge dans l’univers sensible et perfectible du grand Rodin, à la demande du Musée éponyme ; la révélation d’un corps à la fois païen et religieux la mène, pour une commande d’état, vers une prestigieuse série d’épreuves visuelles illustrant le thème éculé des trois Grâces. L’artiste se joue alors avec légèreté  des jeux formels photographiques et d’une sémiotique attendue, ici à travers une peau lumineuse en hommage à l’art du Quattrocento, ou là par une psalmodie du « mystère Matisse » magnifiant  danses,  spirales et  ritournelles des corps. Chaque image révèle un hommage digne et une étonnante unicité.

Lauréate de la bourse Villa Médicis-Hors-les Murs, l’artiste-voyageuse s’empare de l’Espagne sur les traces du Baroque. La mise en scène des corps fait place à la réalisation d’objets, avec la fabrication minutieuse  de manteaux de plomb, sorte de dentelle de zinc abritant dans ses plis quelques photos de gisants et autres piétas, telle une présence/ absence du sacré. Le tout est alors redéfini par le spectre photographique, toujours exsangue de toutes couleurs. Saisissant ! En 1990, Le Musée des Beaux-arts de Rennes est conquis par ce vertige intemporel, et le mêle aux Voyages Imaginaires et incolores de la virtuose : Kiuston Hallé hante alors de ses propres objets des lieux précieux, puis propose un montage raffiné d’images sur le thème du voyage, induisant finement un chaos, tel un sismographe de l’errance. Rennes ajoute à cela les Supports de confusion : à l’empilement d’images succède ici l’accumulation de références culturelles matérialisées par des colonnades de journaux, le tout photographié en couleur, tels des piliers d’église désuets et écrasés par l’objet-média dominant d’aujourd’hui, la télévision.

Compositrice et maestria de l’art photographique dans la forme comme dans le contenu, car allouant systématiquement une intention à tout visuel, et se jouant de l’Art Corporel comme de l’Art Conceptuel,  Kiuston Hallé s’éprend de lectures qui murissent et induisent ses séries d’images plastiques, puisant chez les écrivains-voyageurs tels Victor Segalen, Nicolas Bouvier ou critiques littéraires comme Serge Daney, verve passionnée et  veine d’énergie.

Cathy Souladié

Université Michel de Montaigne –Bordeaux3, Département Sciences Humaines et Humanités, recherche en Histoire de l’Art

 

 

 

 

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