Camera International (Avril 1985)

Camera International

(avril, mai 1985)

 

(avril, mai 1985)

 

 

Rares sont les individus qui, dans leur vie, changent totalement d'activité comme Kiuston Hallé: elle a  pratiqué la danse pendant une dizaine d'années, puis elle est devenue photographe. Mais elle n'a pas totalement oublié sa vocation, car le nu repose, il est vrai, sur une certaine expérience du corps, du moins c'est de cette manière qu'elle présente son travail. Déjà, lorsqu'elle s’était mise à l'aquarelle, elle sentait que ce qu'elle faisait était un peu comme une transposition de ses gestes et énergies antérieurs. Aujourd'hui, après une longue expérience du procédé Polaroïd dont elle a éprouvé les limites, mais qui lui a néanmoins permis, entre autre, de se familiariser progressivement avec la lumière, elle se consacre totalement à l'étude photographique du corps. Sa technique, sa façon de travailler, elle l’a mise au point peu à peu : "j'ai toujours eu besoin de travailler dans un lieu précis, élu et à ma disposition pour un long moment, afin de pouvoir y apprivoiser la lumière, les objets, éventuellement un modèle, y tisser des liens charnels avec ce qui m'entoure, pouvoir y attendre le moment de maturation de leur rencontre, aiguiser l'acuité de mon regard. Car pour moi il n'y a jamais hasard de l'image". Un acte photographique longuement prémédité donc, mais qui n'exclut pas pour autant l'urgence et la spontanéité. une image dont la construction tend à l'abstraction plastique. Et même lorsqu'elle travaillait en couleurs avec le Polaroïd, Kiuston Hallé en arrivait souvent à des solutions très dépouillées, fondées sur une simple harmonie entre les zones d'ombre et de lumière. SI elle est allée progressivement vers le nu, c'est par ce que le genre constitue une étude encore plus systématiquement plastique. pourtant elle tient à souligner "l'ambiguïté permanente qui règne entre la composition purement plastique et l'évocation érotique... La recherche de la rigueur plastique repousse au plus loin, tout en l'amplifiant, l'évocation érotique inhérente à chaque corps". Car dans ces nus, les corps ne sont pas seulement matière. Ils vivent, dégagent une énergie, une tension, sont arrêtés dans un mouvement. Et cette connaissance du mouvement, Kiuston Hallé la doit , bien sûr, à son passé de danseuse: une expérience qui lui permet de diriger le modèle dans le sens qu'elle désire, de lui faire prendre conscience de sa peau, de son corps, de l'espace qu'il occupe. La photographie est d'abord un dialogue avec le modèle afin de contrôler les forces en présence, par exemple dans le mouvement de spirale qui se dessine souvent dans ses nus. Un dessin sur un fond noir, uni, profond. Pas de décor, d'anecdote. Le corps rempli le cadre toujours carré de l'image. Il n'y a pas de visage. Puis la lumière rentre en jeu, cette lumière qui "sculpte le modèle, le décompose, le recrée" cette lumière si essentielle dans le nu.

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