Supports de confusion
Je suppose que quiquonque veut sans rire élever aux médias le temple qui leur est dû procède nécessairement comme Kiuston Hallé. Il prend d’abord au sérieux le mot « temple » et s’amuse à ajouter quelques ordres aux ordres déjà connus (du dorique à l’ionique),lançant vers les hauteurs des empilements frêles et nets de journaux, élevant sur fond de dorures crépusculaires les colonnes blanchâtres d’un quotidien plié, d’ailleurs toujours le même : Libération.
Ces colonnes ne pèsent pas plus lourd que celles de Victor Mature-Samson faisait tomber dans le film de Cecil B.De Mille. Au carton pâte a succédé le papier journal,au dieu païen Dagon la divinité moderne de l’information, celle-ci (comment l’appeler ? l info ? l’actu ?) aussi dogmatique que celui-la ,aussi insatiable, aussi arrogante sur ses pieds d’argile.
Et en même temps ces liasses régulières- empilées sagement ou disposées en quinquonces- ne mentent pas. Comment le papier non ouvert, non lu, imprimé en vain, pourrait-t’il mentir ?
Le temple est vide ; Rien à y lire, rien à y voir. Il s’élance vers les hauteurs dans un embrasement stérile. A nôtre immense stupéfaction, une auberge espagnole s’offre gratis à nos désirs pyromanes et flambe le long du mur de l’expo, là, devant nous.
Si la colonne- papier appelle l’incendie, le chapiteau-image appelle, lui, l’implosion, le court circuit. Les petits récepteurs de télévision qui jouent tant bien que mal le rôle de chapiteau grésillent déjà de toutes les pannes « indépendantes de leur volonté ». Rien à dire sur la fausse colonne Morris, rien à voir sur le faux autel de l’information. Ce temple n’est au fond dédié à nul dieu. Je ne sais si Kiuston Hallé à poussé l’ironie jusqu’à inscrire topographiquement, avec la simplicité littérale du rebus, une idée qui, hélas, s’impose (c’est un journaliste de presse écrite qui parle) de plus en plus.Quelle idée? Qu’il y a de moins en moins de différence entre les journaux- papier et les journaux télévisés, que les évènements du monde y sont « traités de la même façon et qu’il n’est pas sot de montrer que la télévision-stricto sensu- pèse de tout son poids sur des piles de journaux et que lui suffit largement l’exhibition narcissique de ses fils et de ses trames, de sa neige et de ses logos.
La télé, possède désormais comme un droit de préemption sur les autres moyens (média) de communication .En échange du pouvoir qu’elle a bâti sur eux ‘jusqu'à voler à la presse écrite le mot de « journal télévisé », elle impose l’image de ses tripes électroniques.
SERCGE DANEY (libération)
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