Catherine GOFFOT journaliste à Photographies Magazine

 

Les figures allégoriques de Kiuston Hallé

Certains artistes tiennent à approfondir la forme d’art qui est la leur. D’autres semblent œuvrer dans la continuité. Reproduire à l’infini une sorte de contretype même s’ils font varier leurs sujets. Quelques uns en revanche, s’ils ne passent pas tout bonnement d’un forme d’art à une autre, font la part belle à l’expression artistique plutôt qu à un art en particulier. Kiuston Hallé est de ceux-là. Avant de devenir photographe la jeune femme état danseuse. De ces années de danse Kiuston a conservé son nom de scène (car elle est française) et, ce qui va de soi un attrait pour le corps. Quand elle quitte la danse en 1976, Kiuston prend le pinceau de l’aquarelliste. Puis elle devient photographe. Se premières recherches sur la matière et la lumière prennent pour objet des assemblages d’images qu’elles réalise au Polaroïd. En 1982 elle passe au noir et blanc, et commence à s’intéresser aux nus, principalement féminins.

            Les sculptures de Rodin nourrissent son imaginaire. Son interprétation de la danaïde (entre autre) confirme son talent de photographe ; appropriation de l’espace et travail de la lumière. Kiuston fait poser les nus qu’elle photographie. Sa connaissance du corps l’aide à diriger ses modèles de façon à ce qu ils transcrivent au mieux ses messages ; Il est intéressant de constater à quel point l’artiste fait « entrer » dans une seule image autant de messages. Talent sans doute du à son expérience d’un corps unique capable d’exprimer mille figurations,mille émotions.Kiuston Hallé crée sans urgence, elle peut rester de longs mois sans qu’aucune vision ne vienne à naitre, et puis c’est soudain l’avalanche. Les trois séries que nous présentons sont le fruit de cinq années de travail exposées actuellement au Musée des Beaux Arts de Rennes.              En 1985 lauréate de la « Villa Médicis hors les murs »Kiuston part pour l Espagne dans le but d’approfondir ses connaissances de la sculpture baroque espagnole. Elle en rapportera neuf images, neuf compositions. A la base de ses compositions il y a une image « première » quelle nomme « photographie clef »,sur laquelle se superposent des églises et des musées d’Andalousie rééclairés selon son imagination.Ses Mater Dolorosa et ses Christs représentent une feuille de plomb,pliée,découpée,ouverte qui laisse entrevoir des fragments de l’image « première »et qui accueille d’autres images ou éléments ;  figures de la tauromachie, roses fraîches, etc…Une fois ces éléments assemblés elle prend une seule photo qu’elle enserre dans un cadre du même plomb.

           Dans la série « voyages imaginaires »Paris en 1988  Kiuston a crée des lieux ou des éléments fixes qui côtoient des éléments symboliquement voyageurs (fourmillement de chaussures usagées, mappemonde… neuf tirages noirs et blancs.        Dernière de cs séries « Supports de confusion » met en scène une sorte de métaphore de notre époque… Sur des piles de journaux formées en colonnes, des écrans de télévisions projettent une image qui, chaque fois différente, donne son symbole à l’ensemble. L’objet qui apparaît dans l’écran est un objet vivant, filmé en vidéo. Parmi eux des tulipes pour la douceur, des fils de téléphone pour la communication etc…(vingt photos couleur).Ces sculptures de papier sur lesquelles semble reposer, l écran roi, évoquent pour certains la supériorité de l’image sur l’écrit. Pour d’autres la simple apparition des images nées de l’écrit. D’ailleurs c’est la colonne de journaux qui donne vie à limage.

Elle est sa création. Elle transmet ses messages comme le corps, à l’aide de figures et d’arabesques, apprend à transmettre ses émotions.

CATHERINE GOFFAUT (photographie magazine)

 

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Dernière mise à jour de cette page le 01/03/2009

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