Jacques PASQUET journaliste à Ouest-France . Musée des Beaux-Arts de Rennes.

Kiuston hallé au musée  des Beaux-Arts (Rennes)

Quand on a été danseuse chez Merce Cunningham et Carolyn Carlson il peut sembler étrange de passer le plus clair de son temps derrière l’objectif d’un Hassselblad. Pour Kiuston Hallé les choses sont claires : »en danse on ne peut avoir de la distance avec ce que l’on fait » Kiuston Hallé qui a appris chez Carolyn Carlson que le mouvement existe même dans l’immobilité, est passée sans souffrance dans l’univers de l’image fixe. La transition est passée par la photographie du nu. Etape révolue. Lauréate de la Villa Médicis  Hors les Murs, Kiuston Hallé est allée s’enfermer en 85-86 dans les églises de Séville et de Grenade, en quête de la sculpture baroque espagnole ; L’ idée d’un livre sur le sujet a cédé la place, au bout de six mois, au projet d’une création baroque. Les images prélevées dans les sanctuaires, après de longues heures de tête à tête silencieux, se retrouvent mêlées, répétées, à des passes de corrida sur une feuille de plomb travaillée en multiples et sinueux plis. Le format des tirages « évoque subjectivement le dessus d’un autel » et le matériau « est celui qui restitue le mieux le monde du baroque »

L étape suivante porte le nom de voyages imaginaires. Après le sérieux du baroque «  l’envi de quelque chose de plus léger ». Ici des réminiscences  de lectures ordonnent ou déconstruisent des univers oniriques où les signes de la consommation (télévisions, bouteilles, livres, chaussures) se mélangent  aux architectures de  bibliothèque désertes gardées par de chiens inquiétants. Des collages qui suggèrent souvent des messages chargés d’ironie.

La dernière photo de cette série Anubis ouvre la porte sur un monde en couleur, à l’inverse des deux précédents. Le dieu-chien domine le monde au sommet d’une pile de journaux surmontée d’un téléviseur. Dans la dernière pièce mise en scène avec des éclairages, ce thème de colonnes de journaux (Libération parce que cela est mon journal)est décliné sur tous les tons du dorique au ionique, en passant par des styles imaginés.

« Les médias me fascinent » dit-elle. Ecrasé (symboliquement) par les écrans vides et papillotants, le monde de l’écrit éphémère supporte les confusions télévisuelles (titre de la série Supports de confusion) le nombre des « tableaux »accentue le trop plein d' images comme si l’accumulation pouvait conjurer leur vacuité ;reste le mouvement, le jeu, des lignes de blancs entre les colonnes de textes, à l’intérieur des colonnes de papier. En cours de route Kiuston Hallé s’est complètement débarrassée du baroque. Prête maintenant  à aborder une nouvelle série : « comment parler de nos accumulations avec le maximum de sobriété ? »

Jacques PASQUET (ouest France)

 

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Dernière mise à jour de cette page le 01/03/2009

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